Face à la montée de l’extrême droite en Europe, quels sont les enjeux pour la communauté LGBTQIA+ en Belgique ?

par Ambre Tytgat

À l’approche du mois des fiertés, les maisons Arc-en-ciel de Wallonie Bruxelles s’organisent pour donner de la visibilité à la communauté LGBTQIA+. Même si la Belgique obtient un score de 78,47% en ce qui concerne le respect des droits et l’égalité, ces actions restent indispensables pour lutter contre les discriminations que subissent, encore, les personnes queers.

« Parfois ça n’est engendré que par la peur et donc une fois qu’on désamorce celle-ci, c’est beaucoup plus facile », Valentine préparant la Pride du 18 mai. © Ambre Tytgat,2024

Les maisons Arc-en-ciel accueillent et accompagnent les personnes victimes de violences dû à leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre.

Valentine Degosserie, animatrice de la maison Arc-enciel de Charleroi explique comment cela se déroule pour la structure de sa région : « Les ressources dépendent du type de discrimination, si par exemple un problème arrive dans le sein d’une entreprise on peut contacter Unia, une organisation belge pour la défense des droits humains, ou l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes qui sont donc des instances qui gèrent les lois anti-discrimination. On a aussi un contact assez privilégié avec le chef de corps de la police de Charleroi qui est le référent des crimes de haine. »

« Pour nous, il est essentiel de demander les pronoms de chacun dès la première rencontre, car toute personne peut être non conforme à la binarité de notre société. »

 

La LGBTQIA+ phobie est, sans aucun, doute en constante augmentation, pour Valentine. D’après elle, cette croissance est due essentiellement à la présence grandissante de la communauté sur les réseaux sociaux. « Quand j’en parle avec ma maman, elle me raconte qu’à l’époque, on savait qu’il y avait des gays, mais on n’en parlait pas vraiment. Maintenant la communauté a plus de visibilité. D’un côté, c’est bien, mais de l’autre, ça attise encore plus la haine de certaines personnes. » Il faut dire que l’algorithme sur les réseaux sociaux n’est pas toujours un allié. Les personnes haineuses se retrouvent sur les mêmes groupes, et en raison de leurs mauvaises intentions, discriminent et se confortent entre elles.

« La LGBTQIA+ phobie croît dans l’ombre des réseaux sociaux. »

Pour contrer les problématiques rencontrées, les maisons Arc-en-ciel organisent différents ateliers : « Nous faisons des animations de sensibilisation, mais aussi des interventions. Par exemple, la dernière était une réunion de parents dans une école. On fait aussi des journées spécifiques telles que la « Pride », ou la journée de la visibilité trans. » nous explique Valentine. Elle ajoute ensuite : « Éduquer certains parents sur le sujet est difficile, je pense tout de même que toutes les activités de sensibilisation que l’on fait peuvent aider. Mais, que ce soit des personnes plus âgées ou plus jeunes, cela ne change rien à la problématique, si la personne est butée et que c’est compliqué de lui faire entendre raison, notre seule solution c’est de dire que les discriminations sont punies par la loi. »

Un groupe de personnes qui déambule pour la Pride, la marche des fiertés. © Ambre Tytgat, 2022

Les activités de sensibilisation peuvent aider, bien sûr, mais celles-ci ne sont pas forcément adaptées à tout le monde. Il est donc possible de s’intéresser, s’éduquer sur le sujet à l’aide d’autres outils. Ces derniers se retrouvent plus particulièrement dans les domaines de l’art. « Ici à Charleroi, Quentin Houdas avait fait une expo au Centre d’Action Laïque qui était vraiment instructive, je trouve que Bilal Hassani représente aussi assez bien la communauté, sinon la série « Sex Éducation » est pas mal pour sensibiliser sur le sujet. » indique l’animatrice.

La structure, en plus d’être un refuge pour les personnes LGBTQIA+, est un endroit où les personnes en recherche de déconstruction peuvent venir s’informer et s’instruire. Illustré par les propos de Valentine, voici deux exemples : « Ma collègue a justement reçu lundi un jeune qui venait avec ses parents parce qu’il avait envoyé un message offensant à sa classe concernant une fille lesbienne.

L’école a prévenu les parents du jeune qui sont venus ici avec lui pour qu’on lui explique les conséquences de ses actions. » « On a eu une fille qui est venue ici en stage, elle était méfiante envers la communauté, mais nous l’avons tout de même acceptée dans le but de, peut-être, lui ouvrir l’esprit sur le sujet. Une partie de la société se positionne pour dire que la communauté LGBTQIA+ fait du lobbying quand elle est représentée. Pour donner suite à cela, elle répond : « Je pense que les jeunes devraient être confrontés à la communauté dès le plus jeune âge, car je suis partisane du fait que, plus on est exposé lorsque l’on est petit à certaines choses, plus on sera sensibilisés à l’avenir. » L’exposition et la représentation dès le plus jeune âge sont des solutions que l’organisation considère afin de diminuer les comportements phobiques envers la communauté.

Face à l’expansion de la LGBTQIA+ phobie, les perspectives d’avenir sont un peu floues. Valentine partage ses espoirs pour la suite. « Je pense qu’il y a déjà pas mal de choses qui sont mises en place en matière de combat anti-discrimination dans la politique, par rapport à la Ville de Charleroi. Après, c’est vrai qu’il y a encore certaines choses à améliorer. Par exemple, les toilettes genrées et au niveau des communes, ils ne sont pas toujours bien renseignés donc ça pose des problèmes administratifs. Je trouve que ce qui serait idéal, c’est que les gens soient plus empathiques. »

Cet article a été coécrit avec Ivana Talamini