« L’énergie éolienne contribue à l’autonomie énergétique tout en diminuant notre recours aux importations d’énergies fossiles et fissiles. »
par Ambre Tytgat
Fabienne Marchal, à la tête de diverses entreprises y compris la coopérative citoyenne énergétique CLEF basée à Leuze-en-Hainaut, partage ses connaissances sur l’évolution des parcs éoliens, leur influence sur la biodiversité, leur acceptation par la société et leurs avancées technologiques.

« Les parcs éoliens contribuent à la transition énergétique locale et à la réduction des émissions de CO2, ce qui est bénéfique pour les communes engagées dans des plans climatiques. », Fabienne Marchal © A. Tytgat
La construction d’éoliennes nécessite une planification rigoureuse. Quelles sont les étapes mises en place pour s’assurer du respect des écosystèmes locaux ?
« Dans le cadre de l’élaboration d’un parc éolien, une analyse des impacts environnementaux est effectuée par un bureau d’études agréé. Cette étude considère l’effet de la construction, mais aussi de l’exploitation du parc. Elle conduit à des conseils qui viennent compléter les conditions d’exploitation générales et sectorielles imposées par la Région wallonne. Par exemple, ces conditions particulières peuvent interdire certains travaux pendant les périodes critiques pour la nidification des oiseaux. »
Quels progrès ont été réalisés ces dernières années pour améliorer la cohabitation entre éoliennes et biodiversité ?
« Plusieurs progrès ont émergé ces dernières années, en particulier pour réduire les effets néfastes sur les chauves-souris. Cette espèce est rarement en collision avec les pales, toutefois, elle réagit aux changements de pression créés par leur déplacement. Pour les préserver, des dispositifs automatisés mettent les éoliennes hors service pendant leurs périodes de migration, selon les conditions climatiques et le moment de la journée. Pour ce qui est des oiseaux, des dispositifs de surveillance visuelle facilitent la détection des migrations et permettent d’interrompre temporairement le fonctionnement des éoliennes lorsqu’un danger est imminent. Il est aussi possible de mettre en place des zones de compensation afin de relocaliser les habitats touchés. »
Comment les parcs éoliens peuvent-ils être une opportunité pour les territoires et les riverains ?
« Les parcs éoliens contribuent à la transition énergétique locale et à la réduction des émissions de CO2, ce qui est bénéfique pour les communes engagées dans des plans climatiques. Financièrement, les éoliennes génèrent des redevances qui peuvent être investies dans des projets d’intérêt public. Quand des coopératives citoyennes telles que CLEF sont engagées, les habitants peuvent devenir des coopérateurs et profiter d’un revenu financier sous forme de dividendes. Cela leur offre également la possibilité d’accéder à une électricité locale et contrôlée grâce à COCITER, encourageant ainsi un circuit énergétique court. »
Peut-on dire que l’éolien contribue à une souveraineté énergétique plus forte pour nos régions ?
« Absolument. L’énergie éolienne contribue à l’autonomie énergétique tout en diminuant notre recours aux importations d’énergies fossiles et fissiles. Toutefois, la souveraineté ne se résume pas à la production : il est également crucial que l’administration des installations soit locale. Cela nécessite des investissements à la fois publics, municipaux ou coopératifs pour que les décisions relatives à cette énergie soient prises en Belgique pour la Belgique et non par des entités étrangères. »
Quelles sont les avancées technologiques les plus prometteuses dans le domaine de l’éolien ?
« L’innovation touche à divers secteurs. Tout d’abord, les pales sont désormais fabriquées de manière à réduire le bruit, un élément essentiel pour l’acceptation sociale. Ainsi, l’accroissement de la taille des éoliennes favorise la collecte de l’énergie du vent, tout en réduisant le nombre d’installations nécessaires. Un autre progrès important concerne la recyclabilité des pales, qui constituait l’un des derniers éléments difficilement recyclables. Il existe désormais des solutions pour faciliter le processus de recyclage. On remarque donc une diminution progressive de l’utilisation des terres rares dans les rotors, ce qui réduit l’impact environnemental global de l’énergie éolienne. »
Qu’en est-il de l’éolien offshore et flottant ?
« L’éolien offshore a une importance primordiale, du fait de la régularité des vents en mer. Les fondations des éoliennes se transforment en véritables récifs synthétiques, contribuant à la promotion de la biodiversité marine. Ces parcs se trouvent fréquemment dans des régions où l’activité de pêche industrielle est interdite, contribuant ainsi à la sauvegarde d’écosystèmes marins. Concernant l’éolien flottant, toujours en phase de développement, il offrirait la possibilité d’exploiter des zones maritimes plus profondes et plus soumises au vent. »
À quoi ressemblerait un paysage énergétique où l’éolien joue pleinement son rôle ?
« Dans ce contexte, l’utilisation des énergies fossiles et fissiles serait considérablement diminuée. L’interaction complémentaire entre l’énergie éolienne, solaire et hydraulique pourrait contribuer à stabiliser la production des énergies renouvelables. Il est également nécessaire d’ajuster la consommation à la production, ce qui implique une gestion basée sur la demande. Il serait alors crucial de stabiliser les fluctuations de production et d’assurer un approvisionnement plus constant en recourant au stockage d’énergie. »